Jésus, le Ghana et moi...
ou comment se retrouver dans la rue en caleçon à 5 heures moins le quart...
Tiens, ça c'est un titre qui me rappelle "Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ"... sauf que le film était plus drôle... ici, les gens n'ont rien de Michel Serrault, ni de Coluche, dommage...
Le Ghana est infesté d'églises, de sectes en tout genre... elles pullulent, naissent (et meurent pas assez souvent), se développent... grossisent, souvent démesurées...
Bon quoi de mal ?
Le mal, c'est que les églises, ici, c'est bruyant, très bruyant... et c'est plutôt tous les jours...
Le mal, c'est que les gens deviennent stupides, et que tous les prétextes à Dieu servent à tout et n'importe quoi.
Le mal, c'est que ces pauvres gens qui n'ont pas grand chose, y perdent en plus de leur esprit, le peu de biens qu'ils ont...
La richesse au Ghana existe, elle est visible, oui, souvent dans leurs églises...
Dans notre quartier, l'église est, elle, plutôt minable et pourrie avec son toit de tôles et ses murs de contre-plaqués. Elle a certes fait des progrès en matière de nuisance sonore... On a pas eu souvent à s'en plaindre, cette année, je dois bien le reconnaître...
Nous avons aussi eu la chance cette année de ne pas entendre la moindre fête religieuse comme les enterrements, ici, terrible, où l'on met la musique comme en discothèque (plus ça fait de bruit et plus ça porte loin) jusqu'à pas d'heures... et il n'y a que les petits blancs qui trouvent ça atroce...
On s'est dit alors que justement, Dieu était avec nous... il nous préservait de cette folie, aurait-il entendu au fond de nous nos pensées les plus sincères ?
En effet, depuis le mois de décembre, nous avions échappé aux illuminés qui parcourent en pleine nuit, haut parleur en main, les pistes de la ville, pour prêcher la parole de Dieu...
Il faut dire que chez nous ; dans un quartier encore populaire (pour combien de temps ?), nous sommes assez proche de la piste (nous n'avons pas beaucoup de terrain), et surtout notre maison n'est pas équipée de climatiseurs, ce qui veut dire que nos fenêtre sont ouvertes en permanence (moustiquaires et barreaux quand même)... ce qui veut dire aussi qu'on entend bien les bruits de la rue, quand le gamin d'en face chouine, quand les footballeurs d’à côté reviennent de leur footing...
Donc, nous avons connu hélas de nombreuses (trop nombreuses) nuits, réveillés par ces malades au nom de Dieu...
La première fois que vous entendez en pleine nuit, un type hurler des choses incompréhensibles (en twee, le dialecte local) au mégaphone, croyez-moi ça réveille, ça surprend, ça inquiète...
Après, non non on ne s'y habitue pas... c'est détestable...
C'est pas le morning live de Michael Young...
Donc j'avoue qu'être réveillé d'un profond sommeil de cette façon, je n'aime pas... mais vraiment pas.
Et à chaque fois, j'ai pensé me lever et aller lui expliquer ce que j'en pensais... Alors soit j'étais trop fainéant pour sortir du lit, soit je réussissais à garder mon calme, soit Adeline me retenait de le garder (mon calme)...
Et puis, alors que nous avons pensé que quelqu'un de plus courageux (et surtout de couleur de peau plus foncée que la mienne) lui avait fait manger son microphone... Plus rien pendant de longs mois... Une touche de bonheur dans un quotidien déjà bien assez épuisant...
Et voilà qu'un nouvel énergumène apparaît...
Hier ou plutôt ce matin, c'était son deuxième passage en moins d'une semaine... Il était presque 5 heures.
Je n'ai pas pu résister, je suis sorti... Il était tout surpris, lui avec ses chaussettes blanches de footeux remontées jusqu'au genoux, dans son marcel blanc, moi presqu'à poil dans mon caleçon...
Un blanc qui ose lui dire tout le bien qu'il pense de son comportement... d'abord en français puis en anglais... Il a bien cherché à appeler de l'aide au début, mais bon, à cette heure-ci les gens dorment. Ensuite il s'est entêté à nous dire que c'était l'heure à laquelle il devait porter la parole de Dieu... Je lui ai dit que ce n'était pas nécessaire de passer par notre maison...
Un dialogue de sourds...
Ce qui est triste c'est que ça n'a sûrement servi à rien et on peut imaginer le pire, avec un plaisir de torturer les blancs un peu plus souvent... Nous verrons bien...
Mais s'il te plaît, Petit Jésus, donne-lui un autre trajet... loin de ma maison...